Mon père, pharmacien, devait nous trouver des cadeaux de fête et, occupé comme il l'était, il trouvait ce qu'il pouvait dans la pharmacie. Pour une obscure raison de marketing, il y avait en distribution des petites radios-réveil Sony en vente, et l'une d'entre elles est devenue une bouée de sauvetage à laquelle je me suis accroché, dans l'océan turbulent de l'adolescence, des années 70, des documentaires dramatiques noirs et blancs sur la 2e guerre mondiale, de la guerre froide, des copines, de la tag BBQ, des danses disco dans les sous-sols et de cette foutue obligation stupide de tondre du gazon. Grâce aux chansons que j'écoutais dans mon lit avant de dormir, il y avait un ailleurs, une autre vie possible, émotionnellement riche. 

L'événement le plus important de mon éducation musicale s'est produit alors que ma mère a viré la gardienne qui fumait des joints en écoutant de la musique sur le meuble stéréo dans le sous-sol. Avec le sale caractère de ma mère, la baby-sitter n'a jamais eu l'occasion de récupérer ses vinyles. Or, dans le lot, il y avait un disque de Charlebois, véritable bouffée d'oxygène dans l'ambiance asphyxiante et enfumée de cigarette menthol 100's et de chansons sirupeuses de Demis Roussos. Dans la banlieue de Hull (maintenant Gatineau), j'ai compris qu'il y avait de l'espoir, et qu'on pouvait se sortir de la stérilité Radio-Canadienne.  

Dans ce contexte, bien sûr, je me suis fait imposer les cours de piano, mais il n'y avait rien à faire, les partitions à apprendre étaient avilissantes et le manque de progrès m'aura conduit à l'abandon. Ce n'est qu'au début de l'âge adulte que je me suis mis à la guitare, pas sérieusement, mais cela m'a donné l'occasion d'explorer les méandres de la créativité.  Mon intérêt ne s'est pas tari depuis et fréquemment je m'adonne au plaisir de découvrir peu à peu une nouvelle chanson en l'écrivant. 

Ayant maintenant un répertoire d'une quarantaine de chansons, j'ai décidé d'en enregistrer quelques-unes "pour voir". Écrites dans un style propre, elles ont le mérite d'avoir traversé l'épreuve du temps.  J'ai toujours le même plaisir à les interpréter devant mon sofa et ma bibliothèque, rituel exercé quelques fois par semaine. Mais j'en mets un peu plus ces temps-ci: je loue une salle de répétition et je fais comme si je donnais un spectacle. Ça ne me semble pas si pire que ça. Mine de rien, on pourrait penser que ça se tient.